Notre voyage de 2025

Comme chaque année, nous avons passé une semaine sur place pour rencontrer les jeunes et le staff de l’orphelinat de Burayu. Ce voyage vise à écouter, collecter des informations pour les donateurs, contrôler le bon fonctionnement des structures en général et l’utilisation faite des dons sur place. C’est une semaine de travail intense, avec son lot de satisfactions et de déceptions. Chaque année nous rentrons remotivés mais également affligés  par l’ampleur de ce qu’il reste à faire pour les quelques 153 jeunes qui constituent l’effectif de l’orphelinat. La situation économique s’améliore peu à peu mais n’offre encore que peu d’opportunités d’emplois pour nos jeunes diplômés

EDT - Groupe de filles

Durant cette semaine, nous avons consacré beaucoup de temps à rechercher des partenaires financiers en Éthiopie. Nous avons sollicité une ONG locale concernée par nos activités, ainsi qu’une importante ONG française. Malheureusement, ces démarches se sont révélées infructueuses dans les deux cas. Trouver des financeurs est une préoccupation permanente. Nos besoins ne cessent de croitre malgré la diminution régulière du nombre de jeunes au centre.

Au total les jeunes sont 153, répartis en 57 filles et 96 garçons. 44 d’entre eux sont séropositifs au HIV dont 22 filles et 22 garçons soit 28.7% de la population du centre. Ce pourcentage augmente chaque année car ces jeunes ont plus de mal à prendre leur envol du fait de leur pathologie. 59 sont logés dans l’orphelinat pour des raisons d’âge ou de santé dont 29 jeunes séropositifs et 10 enfants en situation de handicap.

Tous sont scolarisés et pour certains dans des écoles spécialisées et adaptées à leur handicap. Ce qui est le plus onéreux, ce ne sont pas les frais de scolarité mais le transport jusqu’aux écoles parfois éloignées de Burayu.

Trois étudiants seulement sont en université d’Etat dont les critères d’entrée sont de plus en plus drastiques. Ce nombre est en très forte diminution depuis le COVID qui a bouleversé la scolarité de nos jeunes. C’est aussi un nouveau défi financier pour nous qui devons désormais payer des écoles privées en lieu et place des études universitaires gratuites. Les jeunes concernés sont Isaac  en architecture à Awassa, Dawit en management à Tepi et Kalab en prépa universitaire à Bahar Dar.

Notre principale difficulté concerne le départ des jeunes qui n’ont pas réussi leurs études et qui tardent à partir par manque de confiance et de courage parfois. Les mois passent et outre le fait qu’ils nous coûtent cher, ils perdent chaque jour un peu plus de chances de rebondir. Nous sommes un peu à la limite de ce que nous pouvons faire pour eux. Il va falloir être plus contraignant ce qui est particulièrement difficile à décider quand on connait ce qui les attend passés nos murs …

Nous avons clarifié notre position auprès du Directeur, du staff et des jeunes susceptibles de quitter la structure…L’objectif de notre réunion était d’informer sur notre réalité matérielle et financière et de faire comprendre à certains jeunes que leur départ est impératif. 

Les dépenses les plus lourdes concernent principalement la nourriture, le transport scolaire et les soins particuliers pour les 46 jeunes séropositifs.

Les jeunes qui ne savent plus accéder à l’université d’Etat du fait de la baisse de niveau général des élèves (conséquence du covid) se retrouvent en collège (l’équivalent du DUT ou du BTS chez nous). C’est aussi une stratégie du gouvernement qui ne veut plus de formations trop longues mais des techniciens dont les capacités collent mieux au marché éthiopien. Il y aura de fait moins de brassage ethnique car les jeunes n’auront plus besoin de quitter leur région d’origine pour faire des études.

Il y a 9 enfants sourds au centre et nous demandons de les faire examiner pour savoir s’ils peuvent être ou non appareillés. Depuis notre retour, nous avons reçu le résultat de ces consultations. Certains devront être opérés et presque tous appareillés ou du moins tenter de l’être. Nous allons trouver les financements nécessaires pour ce faire (environ 10000€).

Depuis des années, nous sommes confrontés à la réticence des jeunes de quitter le centre alors qu’ils sont en âge de le faire. Certains ont de bonnes raisons d’être effrayés par cette perspective du fait de leur santé ou du marasme économique local. Nous le comprenons mais il faudra un jour passer le cap et nous avons voulu légiférer là-dessus et écrire des règles claires.

Lors de la réunion habituelle avec les jeunes, Jean-François Gillet leur a expliqué que c’était la direction qui souhaitait la mise en place de ces règles et que si nous en étions arrivés là c’était à cause de leur attitude négative les années précédentes.

EDT - Classe

Nous avons expliqué nous être inspirés des règles en vigueur dans d’autres organisations et précisé que dans tous les cas de figure, nous étions plus généreux et plus patients. Nous leur avons également dit que s’ils avaient désigné des représentants comme nous l’avions préconisé il y a plus de deux ans, ces représentants auraient pu travailler à l’élaboration des règles. S’ils parviennent à s’entendre entre eux, nous les ferons participer aux modifications annuelles. Nous avons pu échanger plus calmement et plus respectueusement que d’habitude et pour une fois ils avaient préparé quelques questions :

 Sosee serait-il d’accord pour aider administrativement les jeunes qui veulent partir à l’étranger ? Certains sont déjà partis et semblent réussir. Nous répondons oui à condition que ce soit une émigration légale et vers des pays ayant des accords en ce sens avec l’Ethiopie, c’est à dire la Suède, l’Arabie Saoudite, le Canada, la Chine.

Nous avons expliqué nous être inspirés des règles en vigueur dans d’autres organisations et précisé que dans tous les cas de figure, nous étions plus généreux et plus patients. Nous leur avons également dit que s’ils avaient désigné des représentants comme nous l’avions préconisé il y a plus de deux ans, ces représentants auraient pu travailler à l’élaboration des règles. S’ils parviennent à s’entendre entre eux, nous les ferons participer aux modifications annuelles. Nous avons pu échanger plus calmement et plus respectueusement que d’habitude et pour une fois ils avaient préparé quelques questions :

 Sosee serait-il d’accord pour aider administrativement les jeunes qui veulent partir à l’étranger ? Certains sont déjà partis et semblent réussir. Nous répondons oui à condition que ce soit une émigration légale et vers des pays ayant des accords en ce sens avec l’Ethiopie, c’est à dire la Suède, l’Arabie Saoudite, le Canada, la Chine.

Des agences existent (dont certaines sous licence du gouvernement) avec des formations préalables au départ pour faciliter l’intégration sur place et coller aux besoins du pays concerné. Nous avons mis en garde une fois de plus contre l’émigration illégale comme nous la vivons en France. Il existe des agences illégales vers l’Arabie Saoudite et le Liban. Depuis notre retour en France, nous avons appris que les pays du Golfe bloquaient l’accès aux jeunes séropositifs ou souffrant de pathologies pulmonaires, c’est toujours la double peine !!

Le montant de 100000 birrs (inchangé depuis six mois) prévu pour le départ des jeunes pourrait-il être révisé pour tenir compte de l’inflation ? Nous n’avons pas répondu dans l’instant mais avons modifié le montant à 130000 birrs le lendemain soit moins de 800€. Ce montant les aide à démarrer et à payer les premiers mois de loyer.

 Le management de SOSEE  a-t-il interdit l’accès aux cliniques privées ? Non mais il y a eu trop d’abus par le passé et nous avons durci les contrôles pour mieux maitriser ces coûts. L’accès aux soins est un sujet sensible et très onéreux.

 Un groupe de six jeunes séropositifs demande à partir en maison louée pour quitter l’orphelinat. C’est une demande légitime mais le staff tarde à y accéder car d’autres jeunes du même âge vont demander à partir également, et, comme on ne trouve pas de foster families faute de moyens financiers suffisants, cela reste compliqué. Tout est bloqué pour trois groupes de jeunes, qui souhaiteraient plus d’autonomie. On voit ici que les contraintes budgétaires ont une incidence directe sur l’épanouissement des jeunes maintenus dans une structure fermée. Cela explique peut-être leur difficulté à partir plus tard.

Le projet Mekdim sera-t-il prolongé ? Non, mais les jeunes concernés peuvent et devraient s’inscrire auprès de Mekdim pour profiter de leurs autres programmes y compris pour l’emploi. Mekdim a des programmes financés par des agences internationales qui pourraient leur être profitables. Nous ne pouvons pas faire à la place des jeunes majeurs. Nous demandons aux travailleurs sociaux de les inciter à se prendre en charge.

Les jeunes de l’orphelinat profitent de l’occasion pour se plaindre des conditions de vie à l’orphelinat. Nous convenons d’aller voir les locaux à l’issue de la réunion et c’est effectivement catastrophique. Les dortoirs sont sales et mal éclairés. Les enfants ont tellement grandi que leurs pieds sortent des lits de 20 centimètres. Les lits sont cassés et les matelas grignotés par les souris. Les conditions de vie se sont vraiment dégradées et il ne s’agit pas seulement de remettre en état mais de faire mieux. Une jeune fille dort par terre car son lit est cassé. Comment les responsables ont-ils pu ne pas s’en rendre compte ? Nous mettons le Directeur  en demeure de faire modifier ou remplacer les lits, changer les matelas et les draps, faire ajouter de la lumière et globalement améliorer les conditions de vie de ces jeunes dans nos murs. Depuis notre retour, c’est chose faite : les lits ont été modifiés (rallongés et élargis), des planches commandées pour refaire les fonds et des draps neufs confectionnés en interne. De l’éclairage a été ajouté ainsi que des tables et des bancs pour les devoirs du soir. Les serrures et les portes des dortoirs ont été réparées. Au vu de la piètre qualité des matériaux utilisés les choses ne durent jamais bien longtemps surtout dans un orphelinat où les jeunes ne sont pas toujours soigneux (particulièrement les garçons). Les tôles des toits sont remplacées et les anciennes sont aussitôt réutilisées pour renforcer les clôtures. Rien ne se perd ici.

EDT - Matériel

Avant

EDT - Dortoir

Après

EDT - fête

Bref, les choses avancent mais cela conforte le fait qu’il faut aller sur place pour précipiter les décisions A l’issue de la réunion, nous réitérons notre demande d’avoir des interlocuteurs parmi les jeunes qui puissent parler pour tous et avec lesquels nous pourrions échanger par mail entre les voyages annuels. L’idée est aussi de donner la parole aux jeunes filles souvent en retrait derrière les garçons en public mais très expressives en petit comité.

Eyejigayehu la responsable au quotidien des jeunes qui vivent dans l’orphelinat, est bien seule face aux tâches qui lui incombent. Nous pensons à préparer son départ à la retraite car elle a 66 ans et une santé fragile. Parmi les onze jeunes qui ont quitté la structure cette année, il y a Nathan Belalew. Nous avons voulu le rencontrer et lui remettre sa nouvelle paire de lunettes. Nathan est très myope et il n’est pas possible de lui faire des verres adaptés en Ethiopie. Voici donc quelques années que nous faisons faire des lunettes en France auprès d’un opticien qui nous en fait cadeau. Cela mis à part, Nathan est en très bonne santé. C’est un jeune homme vigoureux qui inspire la confiance et la sympathie. Il vient de terminer sa formation de pharmacien. Il a maintenant 26 ans, est originaire de la région Amhara. Avec son frère Mekonnen, il a été confié au centre à l’âge de 13 ans au décès de leurs parents. Ses deux sœurs ont quant à elles été confiées à une autre ONG. A son arrivée à Burayu, il a rejoint un groupe d’enfants sérieux et a mis toute son énergie dans les études. Malgré son côté studieux, il n’a jamais été trop chanceux aux examens et a dû repasser son certificat pratique « COC » qu’il a finalement obtenu. Dans l’attente des diplômes officiels, il fait un travail de commercial pour des produits de para pharmacie. Il nous dit qu’il y a des opportunités de travail mais il faut être coopté pour y accéder. Ce n’est pas le genre à se décourager et il a déjà prévu de louer une maison pour y réunir son frère et ses sœurs. Une des sœurs est ingénieur chimiste, l’autre couturière et son frère diplômé en finition des bâtiments.

Il nous a remerciés pour ce que SOSEE a fait pour lui et sa famille et espère un jour rendre ce qu’il a reçu en faisant profiter les plus jeunes de son réseau pour trouver du travail par exemple.

Tamiru, le responsable du centre, nous a dit que Nathan était un jeune exceptionnel par son intelligence et ses qualités humaines. A côté de ses études, il a travaillé à un projet d’application de l’intelligence artificielle pour aider les pharmaciens et il cherche des financeurs en Ethiopie pour développer cette activité. Sa seule requête est que nous continuions à l’aider pour obtenir des lunettes adaptées à la correction dont il a besoin. Nous lui souhaitons bon vent pour la suite, nous pouvons être également satisfaits d’avoir pu permettre ce résultat. C’est l’occasion pour nous d’appliquer la méthode Coué (qui était lui aussi pharmacien ) : le positif attire le positif !

EDT - Nathan

Avant notre retour en France, nous rencontrons une jeune fille attachante et volontaire.

Mihret a été accueillie au Toukoul alors qu’elle avait 5 ans. Elle reste pudique concernant son histoire. Nous sommes touchés de la revoir car elle a changé, elle a beaucoup maigri (Elle ne pèse que 34 kg). Mihret est séropositive au VIH. Elle nous explique qu’elle n’arrive plus à manger, elle ne sait boire que du jus de fruits … et prend un peu de compléments alimentaires. Elle vient d’être hospitalisée pour des problèmes de douleurs osseuses au poignet droit et à la cheville. Il semble que ses articulations s’abiment. Elle est très inquiète pour son avenir étant donné qu’elle ne sera plus prise en charge par SOSEE à partir de janvier 2026. Elle est inscrite à Mekdim. Très douée en couture, ses douleurs articulaires ont d’autant plus d’impact qu’elle souhaite être styliste. Sa consultation médicale ainsi que ses examens (prise de sang, scanner) ont été faits dans le privé et ont eu un coût élevé. Ils ont montré qu’elle souffrait d’une maladie articulaire. Elle prend désormais un traitement à base de corticoïdes. Elle, qui était pétillante, pleine de projets, semble triste et exprime le fait qu’elle n’arrive plus à se projeter car elle est envahie par sa problématique de santé. Son souhait est d’avoir sa boutique et de moderniser les habits traditionnels. Pour cela, il faudrait qu’elle loue un petit local afin d’installer sa machine à coudre. Elle s’inspire du style coréen. Elle aimerait publier ses contenus sur ses comptes Facebook et Instagram. Quand on lui demande quel message elle aimerait faire passer aux autres jeunes de SOSEE, elle nous dit : « qu’ils soient responsables d’eux-mêmes, qu’ils prennent les bonnes décisions pour devenir quelqu’un et qu’ils gardent espoir ».

EDT - Mihret coud

Nous avons également évoqué le sujet de mettre les enfants HIV positifs dans des maisons qui seraient au sein du centre mais ouvertes vers l’extérieur. Tamiru nous interpelle sur le fait qu’il n’y aurait pas la surveillance des lieux telle qu’elle est faite par les propriétaires des maisons louées. Potentiellement les jeunes pourraient dériver. La santé de nos jeunes séropositifs est globalement meilleure. Les plus jeunes d’entre eux sont suivis une fois par mois en centre spécialisé. En cas de nécessité, le médecin les revoit 15 jours après. La surveillance des CD4 est faite tous les six mois. Les plus âgés vont désormais seuls récupérer leur thérapeutique et tous les jeunes ont une charge virale indétectable.

EDT - Football

Quelles sont les perspectives pour notre structure ?

 Les autorités de Burayu ont contacté Tamiru évoquant un projet au sein du centre : il s’agirait d’y implanter une école maternelle au profit de la communauté proche. Les choses ne sont pas encore bien définies. Nous lui avons donné pour consigne d’écouter et de voir s’il serait envisageable que certains salariés soient repris par l’Etat comme les gardes par exemple.

EDT - 2 jeunes